Junes Davis

Chroniques

Quand y a presque le feu chez Junes Davis…

Cette histoire est arrivée la semaine juste avant la sortie de mon livre Le Temple du Temps. Avec Lily, ma correctrice, nous étions sur les rotules car nous avions dû travailler jour et nuit pour être à l’heure sur le planning. Autant vous dire que l’expression « avoir deux de tension » correspondait parfaitement à mon état (bien que certains penseront que c’est permanent chez moi). Durant la journée, j’avais cette sensation bizarre qu’il était constamment deux heures du matin, vous savez quand vous avez le regard dans le vague et que vous rêvez de vous écrouler dans votre lit, en se fichant pas mal de laisser votre bave sur votre oreiller.
Enfin bref, comme à son habitude dès qu’il sort de son travail, mon mari m’appelle pour me faire le débriefe complet de sa journée par téléphone et ainsi faire le trajet ensemble. Ce qui est cool c’est que lorsqu’il arrive chez nous, on a plus rien à se raconter. Ma mission est souvent de trouver de nouveaux sujets de conversation de préférence palpitants comme :
– T’as vu les gilets jaunes, c’est bien ce qu’ils revendiquent mais bon, les casseurs qui s’incrustent aux manifs c’est relou !
Donc ce jour-là, il y a au menu de notre conversation une longue plainte sur le dur labeur que son boulot demande, et le fait qu’il ait noté que le four de la cuisine n’était pas méga clean. À ma décharge, toute la semaine, le gaz nous avait été coupé, du coup, j’avais tout cuisiné dedans. (La fille qui raconte sa vie en fournissant les moindres détails !) Alors pour faire plaisir au Duc, avant qu’il arrive, j’avais mis le four en mode « pyrolyse ».
Quelques minutes plus tard, profitant d’un moment de répit, je me suis allongée sur le divan telle une baleine des mers échouée pour récupérer un peu de sommeil. Soudain, fifille 2 vient me voir pour me dire que ses yeux piquent et qu’elle a du mal à respirer. Oï ! Si c’était fifille 1 qui m’avait donné l’info, j’aurais roulé sur le côté et serait retournée à ma micro sieste, mais étant donné que ma fille est la réincarnation de ma grand-mère paternelle marocaine, je devais prendre en compte ce qu’elle me racontait.
Je me traine jusqu’au four en me disant qu’effectivement, y a pas mal de fumée. Je l’éteins et ouvre toutes les fenêtres de l’appart (en prenant en compte que j’habite très haut dans les étages et que par sécurité, les fenêtres ne s’ouvrent que de quelques millimètres. Apparemment, l’assurance du building a décidé de cette loi car ça leur coûtait trop cher en suicide. C’est d’un gai, je vous jure !).
Le problème c’est que même après avoir aéré de partout, la fumée continuait à se propager dans toutes les pièces à une vitesse alarmante. Mais de nature très optimiste et ne voyant pas le danger de s’intoxiquer par inhalation je me suis dit qu’il fallait juste laisser passer un peu de temps avant que la fumée ne s’envole vers les fenêtres semi-ouvertes tel Peter pan et sa clique.
Préférant me placer de l’autre côté de l’appart, fifille 1 revient me voir en m’expliquant qu’elle a limite du mal à respirer. Double Oï ! Je ne comprends pas pourquoi puisque le problème était réglé (dans ma tête) vu que je l’avais éteint. Hélas le Roi du Maroc déboule à la maison en hurlant ces mots qui résonnent encore dans mes oreilles :
– Mais t’es une malade ! Il y a de la fumée jusque dans les étages. Qu’est-ce que tu as encore fait ?
– Mais enfin, je n’ai rien fait du tout. J’ai juste voulu te faire plaisir et mettre le four sur pyrolyse afin de le nettoyer. En plus, tant que le détecteur de fumée ne s’est pas déclenché, ma foi, c’est que tout est sous contrôle, non ?
Mon Duc court bravement jusqu’à la cuisine en se protégeant le visage (c’est vrai qu’il y avait vachement de fumée n’empêche !) pour m’informer que le four marche encore.
– Franchement, t’es à l’ouest, mimine ! Le mieux c’est de dégager de l’appart et que j’appelle les pompiers.
– Ah carrément ! T’exagères pas un peu là ?
– IL FAUT SORTIR SANS DISCUSSION !
Je réfléchissais à ce que je devais emporter avec moi avant de descendre mais brusquement, je me souvenais que je devais d’abord faire sortir mon grand de sous la douche. J’accourus avec fifille 1 sur les talons, qui était passée en mode totale panique (un peu comme son père mais je dis rien) :
– On va tous mourir ! ON VA TOUS MOURIR !
Sa sœur qui question caractère tient plus de moi est disons plus posée (d’autres qualifierait ce trait d’endormie voire molle) s’était mise à enguirlander (c’est de saison !) sa jumelle en anglais pendant que je tambourinais à la porte de la salle de bain. Mon fils a du mal à m’entendre car il chante à pleins poumons quelques versets de sa Paracha de sa Bar-Mitsva qu’il est en train d’apprendre. (Son prof lui a demandé de travailler ses vocalises. D’ailleurs, avons-nous le droit de prononcer des mots en hébreu tirés de textes sacrés pendant qu’on se frotte le dos ? Bonne question !). N’ayant pas trop suivi, j’entends fifille 2 s’énerver encore contre sa sœur quand elle s’était mis à lui demander avec un accent américain à couper au couteau :
– WHY DO YOU PANIC ALL THE TIME MISS DRAMA? Pourquoi tu paniques tout le temps Miss drame ?
Ce à quoi sa sœur lui répondit en hurlant plus fort qu’elle qu’elle veut dégager de là mais ne partira pas sans son frère. Je me fais la réflexion philosophique qu’il n’y a rien de plus beau au monde que l’amour fraternel, même si au même moment, fifille 2 lui envoyait une claque ! S’ensuit une bagarre violente entre les deux, à coup d’arrachage de cheveux et de gifles. Le mari qui continuait de crier encore et toujours que tout ça c’était de ma faute tandis que moi je m’égosillais à travers la porte comme si mon fils appartenait à mon équipe dans Fort boyard :
– SORS SORS SORS ! VIIIIIIIITE !
Au bout d’un long tapage de porte, mon grand daigne s’arrêter de chanter et ouvre la porte. D. merci, il porte autour de la taille une micro serviette et c’est le cheveu encore plein de savon qu’il me demande l’air ahuri :
– Bah quoi ? Pourquoi tu hurles ?
– Y a pratiquement le feu, faut partir dans le lobby le temps que les pompiers gèrent le problème.
Mon mari plus dans l’action que les explications, l’attrape par la peau du cou et l’oblige à sortir car il est vrai qu’on commençait à tour de rôle à tousser comme des veaux. Notre fils s’insurgeait qu’il ne descendra pas tout nu devant les voisins. Alors courageusement, le roi de notre maison m’arrache le gilet que je portais, pour le mettre sur son nez et retourner dans la maison pour aller lui chercher des sous-vêtements et un t-shirt.
Bravement, tel un héros, il les jette sur la tête de notre grand. Celui-ci est de plus en plus gêné par tous les voisins de notre étage qui étaient sortis pour savoir d’où venait l’odeur. On est au moins une quarantaine sur le palier et dans la confusion générale, ma voisine avait zappé que c’est moi qui habite au 14G. La greluche balançait aux autres voisins d’un air mauvais :
– 14G ? Ça m’étonne pas qu’il y ait le feu chez eux. Ça sent tout le temps la bouffe chez elle ! Surtout le jeudi et le vendredi ! Elle ne s’arrête jamais de cuisiner, celle-là !
Je m’insurgeais intérieurement en me demandais depuis quand c’était un mal de nourrir les siens ?–Le mieux c’est de commander, comme ça, on a pas ce genre de problèmes.
Oui, c’est vrai, c’est BEAUCOUP mieux d’avoir le diabète à 20 ans, un taux de cholestérol qui pourrait rentrer dans le Cac 40 à 30 ans et un infarctus à 50. T’as raison, chou !
Juste après, on devait descendre par les escaliers, et on avait dû attendre, attendre et attendre… Mon mari hurlera toujours “que c’est hyper dangereux le nettoyage d’un four”, mes enfants se battront pour jouer avec mon téléphone, j’en profiterai pour retourner à ma sieste et les doormans viendront nous proposer à boire et à manger. Comme c’est bientôt les étrennes, tu sais qu’en fin d’année, s’il t arrive une bricole, tu seras traitée comme une reine/renne mais attention, si tu crois que tu vas t’en sortir avec une boite de chocolats ou des beignets de Hanoukka, le mot traitresse sera imprimé sur ton front et on te claquera la porte au nez.
Deux heures trente plus tard, on nous annonçait qu’on pouvait monter mais que l’odeur n’était pas partie et qu’hélas, tous nos vêtements et objets en tous genres (style mes perruques) sentaient la pyrolyse, et le brûlé. Je poussais un gros soupir et me disais qu’après tout, ce n’était absolument pas grave. L’un des ingénieurs du building m’expliquait que le four était défectueux et aurait pu faire exploser tout l’appart et nous avec.
Un peu effrayée d’être passée à ça du drame, je remontais en remerciant D. lui-même d’être intervenu et de nous avoir épargnés
Mais… si moi je voyais mon verre à moitié plein, le duc lui, le voyait à moitié vide :
– Tu ne te rends pas compte ! Comment je vais faire pour mes costumes du boulot avec l’odeur de brûlé ! Quelle idée d’avoir voulu nettoyer le four quand les gosses étaient là etc.
Bien que cela faisait 12 fois que j’expliquais qu’à la base, c’était pour répondre à sa demande, rien n’y faisait pour le calmer. La grande différence entre nos premières années de mariage où je me serais mise à sangloter comme une Junes à demander pardon « d’avoir mal agi » est que maintenant, avec quatorze ans de bouteilles au compteur, je lui souriais et lui prenais la main pour lui dire :
– Je sais que tu as eu peur autant que moi. Le plus important c’est qu’on s’en soit sortis tous ensembles. Je comprends pour tes costumes, c’est très embêtant, mais je suis certaine que tes collègues comprendront, et cela fera une bonne histoire à raconter à la cafet’. Allez viens, on va se faire un thé qui aura le goût de brûlé et je te mettrai plein de Febreze de partout !
Rassurée et enjouée, je proposais que l’on dorme tous les uns contre les autres sur des matelas dans notre chambre car c’était le seul endroit de la maison qui n’avait pas été touché. N’ayant plus de four ni de gaz, et vu qu’il ne restait que le micro-onde, j’avais fait du popcorn, et avais lancé l’idée qu’un de ces jours, on devrait tous dormir à la belle étoile…
La suite bientôt ! À mercredi pour un article : Comment écrire et publier son roman.
Ps : Je pense sincèrement que certains hommes sont des super héros qui ne manquent pas de courage mais les femmes ne sont pas en reste car elles sont non seulement des Wonder Woman en puissance mais aussi, elles savent lire à travers les flammes de la vie et savent qu’il y aura toujours de la lumière après une bonne galère. Telle Judith qui a sauvé le peuple juif??.
Tous mes bouquins dispo sur amazon.

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