Junes Davis

A la une Chroniques

Anecdote de tournée

Pour ma première date de tournée qui date du mois d’aout, j’avais commencé par Strasbourg. J’avais eu le bonheur d’être accueillie par une amie d’enfance (Suzy M. je te salue !) et Annie A. qui était venue à la gare un bouquet de fleurs à la main en compagnie de sa nièce. L’unique minute dans ma vie ou je me suis prise pour Madonna. Mon cœur a fait un bond et j’avais eu les larmes aux yeux par cette délicate attention.

Le ton était donné, je savais que tout allait bien se passer, même si en arrivant, l’une de nos valises avait perdu l’une de ses roues sur le quai de la gare. Mettant au courant mon fils de ma nouvelle estropiée, lui qui était parti devant moi, portant lui aussi 8 kilos de livres, ne voulait pas ralentir même si je ne m’étais pas arrêtée de lui hurler que l’on devait trouver de toute urgence un marchand de valises. Le petit avec ¼ de sang marocain qui coule dans ses veines m’avait répondu qu’il était hors de question que l’on dépense de l’argent pour ça !
– On est pas des pigeons !
– Des galériens, alors ?

Heureusement, le lendemain matin, pendant que le fiston dormait encore, j’étais partie demander à la réceptionniste de l’hôtel d’aller m’en acheter une autre. Avec le dédain avec lequel elle m’avait répondue, je m’étais rendue compte qu’en France, il y a pleins de trucs qui « ne se font pas ». Derrière le comptoir, le petit frère ( de la réceptionniste, pas le mien) était tout heureux d’avoir des trucs à faire et s’en était chargé. Problème résolu.

Dix jours plus tard, j’entamais ma 10 ème dates en 10 jours. J’étais officiellement sur les genoux et ne pensais qu’à rester coller serrer à mes filles tant elles m’avaient manquée. Ce soir-là, me préparant pour aller aux Centre Fleg, je me souviens avoir sentie une flegme pas possible (ça va elle était facile celle-là! ). J’étais si épuisée, que je me réjouissais de partager la soirée avec Julien Darmon, le mari de Judith Darmon, qui est la directrice du centre. Nous devions animer tous les deux une conférence sur le thème : « Le livre juif a t -il encore un avenir en France ? ». Lui devait donner son avis, en tant qu’éditeur chez Albin Michel (la grande classe!), et écrivain de plusieurs ouvrages mais aussi supra méga intelligent, et moi en tant que auteure, chroniqueuse talonnée, fan de la robe tutu (si je pouvais m’habiller tous les jours comme ça, je le ferai!). Cela devait être la rencontre du 3ème type.
Dès que je l’avais aperçu avec son Panama beige hyper stylé, je savais que malgré la différence de poids de nos neurones respectives, nous allions bien nous entendre. Pendant son exposé, je vous avoue que j’ai dû plisser des yeux plusieurs fois de suite pour le suivre (du moins si j’avais pu les plisser car le botox n’empêche de faire certains gestes de première nécessité physique !). Je buvais ses paroles et était scotchée par son discours d’une fluidité spectaculaire, n’hésitant pas une seule seconde à citer des tonnes d’auteurs et philosophes pour appuyer ses propos ! Après plus de 45 minutes de pure culture, c’était à mon tour de parler. Gloups ! Qu’allais-je bien pouvoir dire d’intéressant après l’exposé très complet de Julien. Dommage qu’il n’y avait pas une petite fiole de whisky, je me serai bien pris deux petites lapées pour me donner du courage. À la place, j’ai sifflé mon verre de jus d’orange sans pulpe et me suis dit :

-Ok ma grosse, trouve un truc sympa à dire mais évite de regarder tes fiches, ça fait naze ! Et puis laisse-moi de côté les phrases d’intello. Ouai ouai ouai , même si t’as écris un livre sur les juifs sous Versailles, tu ne joues pas dans la même cours que Mister Darmon, ni celle du roi Soleil, alors go !

Me raclant la gorge, je repensais à l’une de mes lectrices que j’avais croisé justement à Strasbourg qui m’avait dit :
– Nous ce que l’on aime chez toi ma Junes, c’est que t’es pas une fille qui écrit des trucs compliqués !
Je me suis forcée à ne pas analyser cette phrase qui aurait pu me donner l’envie de reposer le plumier et de m’éloigner de mon clavier à vie, avant de me jeter du haut de la bibliothèque nationale. Surtout quand tu repenses aux nombres d’heures de recherches que t’as consacré pour rédiger certains articles ou livres. Mais après tout, pourquoi voir le mal là où il y en a pas. Ce que je propose c’est du divertissement alors du moment que je divertis ! Et là, bingo ! Je tenais le bon bout ! Le niveau intellectuel allait virer à 360 degrés. J’avais raclé ma gorge, et avais pris ma voix de miss France 1998, combine à celle Laeticia Hallyday époque Johnny et non Jallil :
– Alors avec mon mari on adore le Chabbat acheter des magazines peoples pour se tenir informer de l’actualité des stars.

Ma soeur cherchait à se cacher sous le canapé tant elle avait honte. Mon fils dormait profondément sur le côté car lui aussi était épuisé de la tournée ( il n’a que 15 ans quand même ! D’ailleurs je me suis demandée si j’avais le droit de faire travailler sans lui donner de salaire. C’est pas la définition de l’esclavage ça? Vous me direz.) Et puis, je me suis mise en roue libre pour parler à ma façon de l’avenir du livre juif en France. Je pense que clairement oui ! On l’a vu avec le succès littéraire de Delphine Horvilleur, la femme Rabbin (que je n’ai pas lu !), avec plus de 60 000 milles exemplaires vendus, c’est la preuve qu’il y a de l’avenir. Cela dit, même si dans son domaine bien bien bien bien éloigné de mes convictions personnelles, elle est top et remplie la fonction. Après, je trouve un peu dommage, que dans les médias français, la femme juive soit représentée en jeans, cheveux bouclés au vent et kippa/talit pendant les offices. Ce serait cool qu’il y ait un autre style de femmes juives pratiquantes et religieuses qui nous représentent réellement en couv’ de Elle ! Mais je m’égare du sujet, mes excuses.

En tout cas, ce que je retiens de cette expérience, c’est que peu importe qui l’on est, ou nos capacités intellectuels, chacun d’entre nous à quelque chose à donner à ce monde avec son propre style ! Comme dans une fratrie, chaque frère et chaque sœur ayant reçu la même éducation ont chacun des personnalités différentes et un destin différent. C’est ce qui forme une merveilleuse harmonie ! Je vous fais de gros bisous.

Ps : Dites-moi en commentaire si vous souhaitez que mon prochain article soit sur : Les 10 livres à livres ou pas (j’en dégomme 2/3, héhé !) ou les looks Tsniout de cet hiver !

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