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Critique du livre la carte postale de Anne Berest

Critique du livre la carte postale de Anne Berest

Résumé : En janvier 2003, une carte postale représentant l’Opéra Garnier arrive dans la boîte aux lettres. Elle est anonyme, seuls quatre prénoms sont inscrits : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Elle semble avoir mis dix ans avant d’être postée. Personne ne veut approfondir, jusqu’au jour où Anne (l’auteure) est sur le point d’accoucher de sa fille, et elle veut savoir. Sa mère Lélia se voit obligée d’ouvrir la porte de son enfance et de la vie de sa mère, Myriam Rabinovitch.

Comme beaucoup, j’ai lu un paquet de des livres sur la Shoa. D’ailleurs je vous propose deux autres lectures récentes qui m’ont marquée juste après ce débrief. La carte postale m’a vivement rappelée le sentiment d’horreur que j’avais ressenti lors de ma lecture du poignant « Elle s’appelait Sarah » de Tatiana Rosney. J’avais mis mois à m’en remettre. Pour celui-ci, je n’ai pas pu le lire d’une traite. J’ai dû faire des pauses entre certains chapitres. Dès la première partie du livre, on est tout de suite très attaché aux membres de la famille Rabinovitch qui pourrait être notre famille.
Je ne vous dévoile rien mais perso, cette partie est vraiment exceptionnelle, elle est ma préférée. Ensuite le livre propose trois autres parties, dont une qui est quasi une enquête pour trouver l’auteur de la carte postale.

De peur de trop vous en dévoiler, je vais juste partager deux passages qui m’ont complètement soulevé l’estomac. Celui dont il est question de la réaction des femmes lorsqu’avant de les envoyer dans les camps de la mort, on leur avait retiré leurs enfants, leur promettant qu’on allait les leur envoyer plus tard. Malgré leur épuisement mentale et physique, elles ont refusé tout net de se séparer d’eux. Non pas hésiter à se soulever contre leur geôlier, à hurler, se battre, à mordre même au prix des coups d’une violence inouïe et de leur propre vie.
Dans ma tête (de linotte) je m’étais imaginée une certaine passivité dû au fait qu’elles avaient déjà tant souffert du voyage de leur déportation, qu’elles n’avaient plus l’énergie pour tenter de se rebeller, alors que pas du tout ! Il parait que les femmes avaient hurlé tellement fort que dans les habitations voisines retentissaient leur cri. Je vous avoue que cela a changé complètement ma perspective des choses, en essayant d ne pas commettre l’erreur d’essayer de me mettre à leur place car c’est impossible !

Autre point intéressant, Lélia et Anne savent qu’elles sont juives mais ne le revendiquent pas jusqu’au jour où le présent, par le biais de la fille d’Anne, leur met leur identité à la figure ! Comment réagir quand sa propre famille a payé le prix maximum de cette identité sans pratique !?

L’auteure revient aussi en détails sur les sinistres conditions de la déportation, le retour à Paris des survivants. Du fait que l’hôtel le Lutétia a été mis à disposition de « sas de retour pour les déportés ».

En tant qu’auteur, il y a une phrase dans le livre qui m’a complètement chamboulée de l’intérieur : « Combien d’écrivains parmi les 6 millions de juifs ont péri dans les camps et n’ont jamais achevé leur livre ? Il faut continuer d’écrire pour eux. » Quand tu sais que tu connais une petite baisse de régime au niveau productif, et que tu as préféré te faire une journée spa à ton ordi, cela m’a mis une bonne tannée dans la tronche.
Pour info : de manière incompréhensible, ce beau livre a été retiré de la sélection du prix Fémina.

Les autres livres que je vous conseille vivement :

Ombres portées : Au Vénézuela, dans les années 60, la petite Ariana grandit entre son père d’origine tchèque et sa mère vénézuélienne. De son père un brillant homme d’affaire, elle ne sait pas grand chose. Un jour alors qu’elle s’amuse à jouer les détectives, elle déniche une boîte, dans laquelle se trouve une ancienne carte d’identité avec la photo de son père, mais ce n’est ni le nom ni le prénom de son père. C’est le début des questions pour la jeune fille, des questions qui resteront sans réponse. Commence alors pour elle la recherche de ses origines qui 9 durera des années Elle commence à remonter le fil de sa famille. Chaque révélation est la résultante d’un passé douloureux, et lui permet de mieux comprendre qui est son père.

Histoire vraiment très très bien. Cousue sur des révélations chocs. Je mets un 9/10

L’enfant des camps de Francine Christophe
Un récit court en terme de pages, mais oh combien riche et déstabilisant. Francine, notre narratrice, est emprisonnée, puis déportée à l’âge de 8 ans et demi. Sa vie s’arrête en 1942, où elle est arrêtée avec sa mère non loin de la ligne de démarcation. Commencera alors un long périple, elle va survivre de camps en camps, en France, notamment Drancy, puis en Allemagne, pour finalement être déportée à Bergen-Belsen. Deux ans d’errance avant l’abomination.
Dans des conditions sanitaires déplorables, Francine va passer ces années d’enfance à jouer avec les autres enfants retenus comme elle sous le seul prétexte d’être juif. Francine aura la chance d’être restée avec sa mère, car nombreux sont les enfants arrachés à leurs parents.
« C’est devenu mon univers, mon jardin d’enfants. Une terre pourrie qui ravage toute forme de vie, où les cadavres poussent à la place des fleurs et des arbres. »

Un témoignage précieux, bouleversant, nécessaire, pour ne jamais oublier.
Hyper court, hyper frappant. 8/10

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